24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 10:45


[article rédigé par Aristote, merci à lui !]

 

présenté par Jean Decellas

 

hommage à Corneille, pour le 400e anniversaire de sa naissance

 

Pierre Corneille (1606-1684)

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=50

Henri de Bornier (1825-1901)

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=474

 

"La Muse de Corneille", poème donné par Henri de Bornier à l’Odéon, théâtre impérial, le 6 juin 1854

« - O Corneille, je suis la pâle Melpomène,
Celle qui souriait dans son austérité,
Quand ta pensée, au fond de ton âme romaine,
Cherchait ce dur métal qu’on nomme vérité.
Maître, comprends mes pleurs : tu n’es plus et j’existe.
De la tombe les dieux m’interdisent ton seuil.
Ils m’ont faite immortelle afin que je sois triste.
Et voilà deux cents ans que je porte ton deuil.
Reconnais-moi : j’ai vu naître tes plus beaux rêves.
Je les ai vu grandir comme de jeunes rois.
Et quand tu te courbais sur ton labeur sans trêve,
J’étais comme ta mère et ta fille à la fois.
Mère, j’étais tremblante et, fille, j’étais fière.
Mes craintes du moment mon orgueil les domptait.
L’envie autour de toi soulèverait la poussière,
Le soleil de ta gloire à l’horizon montait.
O comme je t’aimais, poète simple et grave.
Sur la lyre humblement posant tes doigts d’airain,
Vieux Corneille, un enfant t’aurait fait son esclave.
Et tu prêtais aux dieux ton souffle souverain.
Pour notre humanité tu savais être juste,
A ses propres vertus tu voulais l’asservir.
Quand tu parlais d’Octave, il s’appelait Auguste,
Et l’empereur clément cache le triumvir.
Ton génie était tendre, homme de forte race,
Comme un océan doux dans sa rébellion.
Rempli de ta puissance, on connaît moins ta grâce.
Mais moi j’ai vu des pleurs dans des yeux de lion.
Tu fus Chrétien surtout, moi fille du Permesse,
Qui gravis l’Acropole et le haut Parthénon,
Tu m’enseignas le Christ et la bonne promesse
Et tu ne m’as laissé de païen que le nom.
Sous l’éclair du Tabor quand ses vers s’inclinent
On comprend que l’erreur du monde va partir.
Le sang de Polyeucte a fécondé Pauline.
Et ton plus grand héros est un Chrétien martyr.
De plus riants travaux sollicitaient ton zèle.
Avec ma soeur Thalie, au sourire narquois,
Comme un lion jouerait avec une gazelle,
Tu jouais. Et je fus jalouse quelquefois.
O travail, longue nuit, calme que rien n’altère.
D’autres sont orgueilleux de l’art. Toi tu l’aimais.
Comme un sage qui vit dans son champ solitaire
Tu vécus dans ton oeuvre et n’en sortis jamais.
Et maintenant, hélas, je reste sombre et seule.
Mon pin jadis si fier cherche en vain ton appui.
On rit presque de moi, de l’importune aïeule.
Ah ! venge-nous de ceux qui vivent aujourd’hui.
Dis-leur que ce qu’ils fondent est frêle et périssable.
Qu’on ne peut, créant trop, créer rien de vivant
Et que leur édifice est bâti sur le sable
Et qu’il doit s’écrouler au premier coup de vent.
- Arrête, Muse, arrête ! Et de ton injustice,
Toi qui vis, ne crois pas que la mort soit complice.
Je ne t’accuse point : tu nous as tant aimés.
Tu crois le jour éteint, voyant mes yeux fermés.
Pour les jeunes souvent la vieillesse est sévère
Et se plaint d’autant plus que plus on la révère.
Mais dès que sur nos fronts la mort a mis son sceau,
La tombe est pacifique et ressemble au berceau
C’est pour nous révéler sa raison souveraine
Que Dieu nous a couchés dans la tombe sereine.
Je goûte ce sommeil calme, pur, infini,
Et, breuvage divin, la mort m’a rajeuni.
Tous les ans, à ce jour, heureux, je me réveille.
Mes jeunes héritiers disent : « Gloire à Corneille ! »
Leur admiration ressemble à de l’amour.
Ils m’aiment, je le sens, je les aime à mon tour.
- Ils t’aiment, j’en conviens. Mais à leur grand dommage
Ils ne t’imitent point - C’est encore un hommage.
- Mais toi, lent au travail, peux-tu voir  sans courroux
Cette fécondité qui les tuera. -  Pas tous.
- Quoi que bien indulgent, de leurs oeuvres, ô maître
Tu ne signerais pas une seule. - Peut-être.
Je t’en pourrais nommer plus d’un dont tu rougis
Par qui furent au-delà les sommets élargis.
Plus d’un hardi plongeur au fond du gouffre amer
Malgré les flots grondants cueille la perle rare.
Plus d’un fervent mineur qui creuse et creuse encore
Fouille le sein de l’art où gît la nappe d’or.
Leur audace sans cesse accrue et véhémente
Est belle à voir, ô muse, et te rendra clémente.
Considère surtout l’enseignement profond
Que doivent leur donner les choses qui se font.
Les faits parlent, les voix ne seront point muettes
Va ! Quand un siècle est grand il fait de grands poètes
Et regarde en effet quel siècle grand et beau,
Taillant le monde entier pour s’y faire un tombeau.
Contemple ses splendeurs, ses héros, ses victoires,
Ses malheurs qui n’ont eu de pareil que ses gloires.
L’élan universel qu’il donne à chaque pas
Ses durs enfantements qui ne l’épuisent pas
Déçu, parfois, toujours fidèle à l’espérance,
Où va-t-il ? Au progrès. Qui le guide ? La France,
Cette France qui livre à tous les regards
L’éclair de son épée et le flambeau des arts.
O Corneille, pardonne à ma parole amère
Je le vois, la douleur de l’injustice amère.
O Corneille, ô génie, ô superbe raison,
Ame des morts qui n’as que Dieu pour horizon. 
Etonnée, attendrie et n’osant te répondre
Avec les tiens du moins mes voeux vont se confondre.
- Tu feras mieux : à toi de choisir les meilleurs
Et, malgré les méchants, les fourbes, les railleurs,
Les pierres de l’envie et les brouillards du doute
De leur dire « Marchez ! » en leur montrant la route.
Donne-leur du courage et je te bénirai
Car ils sont mes enfants. - Maître, j’obéirai.
- Et vous tous, mes amis, jeune fleur, jeune flamme,
Foyers déjà brûlants qui me réchauffez l’âme
Espoirs des temps nouveaux, fils des pères fameux,
Travaillez, mes enfants, pour être grands, comme eux.
J’ai lutté comme vous et plus que vous peut-être.
J’eus pour rival Racine et Richelieu pour maître.
Adieu, fils, soyez fiers, soyez calmes et doux.
Adieu, laissez rentrer dans le tombeau jaloux
Où parfois un écho de vos chants le réveille
Votre aïeul incliné, votre père, Corneille. »

[NDLR : poème pris sous la dictée]


 

Victor de Laprade (1812-1883), poète religieux français

 

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=406
http://en.wikipedia.org/wiki/Victor_de_Laprade (en anglais)

 

extraits des "Poèmes évangéliques"
http://epelorient.free.fr/poesie/laprade.html

 

On peut lire de plus amples extraits des œuvres de Victor de Laprade sur le
site de la Bibliothèque Nationale de France (Gallica) :
http://gallica.bnf.fr/scripts/catalog.php?Auteur=victor+de+laprade

 

fut évoqué :

 

Jean-Jacques Gabut : "Lyon mystique et sacré"

 

catégorie : (LdJ Pierre Dehaye)

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