16 juin 2006 5 16 /06 /juin /2006 09:45


[article rédigé par Aristote, merci à lui !]

 

présenté par Jean Decellas

 

célébration du 400e anniversaire de la naissance de Pierre Corneille

 

Olivier Pansieri, comédien, metteur en scène

http://www.lagencedecomediens.com/comediens_dest_fiche_id_140_Olivier_Pansieri.php

Jean-Paul Le Flem, agrégé d’Histoire, maître de conférence honoraire à la Sorbonne

 

Pierre Corneille (1606-1684)

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=50
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/corneille.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Corneille

A titre de curiosité, voici la présentation de Corneille dans quelques articles internationaux de Wikipedia :
http://en.wikipedia.org/wiki/Pierre_Corneille (en anglais)
http://de.wiipedia.org/wiki/Pierre_Corneille (en allemand)
http://it.wikipedia.org/wiki/Pierre_Corneille (en italien)
http://es.wikipedia.org/wiki/Pierre_Corneille (en espagnol)

 

Pour lire Corneille en ligne sur le site de la Bibliothèque Nationale de France (B.N.F.) :
http://gallica.bnf.fr/scripts/catalog.php?Auteur=corneille

 

De nombreux extraits de Corneille ont été lus à l’antenne, notamment dans les comédies de jeunesse.

 

un extrait de "La Place royale, ou l’amoureux extravagant" (Acte I, scène 4) :

Alidor.
Te rencontrer dans la place Royale,
Solitaire, et si près de ta douce prison,
Montre bien que Phylis n'est pas à la maison.

Cléandre.
Mais voir de ce côté ta démarche avancée
Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée.

Alidor.
Hélas ! C'est mon malheur : son objet trop charmant,
Quoi que je puisse faire, y règne absolument.

Cléandre.
De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine ?

Alidor.
Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine :
Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir,
Un moment de froideur, et je pourrais guérir ;
Une mauvaise oeillade, un peu de jalousie,
Et j'en aurais soudain passé ma fantaisie ;
Mais las ! Elle est parfaite, et sa perfection
N'approche point encor de son affection ;
Point de refus pour moi, point d'heures inégales ;
Accablé de faveurs à mon repos fatales,
Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs,
Je vois qu'elle devine et prévient mes désirs ;
Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue
Les désespère autant que son ardeur me tue.

Cléandre.
Vit-on jamais amant de la sorte enflammé,
Qui se tînt malheureux pour être trop aimé ?

Alidor.
Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires ?
Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires ?
Les règles que je suis ont un air tout divers :
Je veux la liberté dans le milieu des fers.
Il ne faut point servir d'objet qui nous possède ;
Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède :
Je le hais, s'il me force ; et quand j'aime, je veux
Que de ma volonté dépendent tous mes voeux,
Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre,
Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre,
Et toujours en état de disposer de moi,
Donner quand il me plaît et retirer ma foi.
Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle :
Mes pensers ne sauraient m'entretenir que d'elle ;
Je sens de ses regards mes plaisirs se borner ;
Mes pas d'autre côté n'oseraient se tourner ;
Et de tous mes soucis la liberté bannie
Me soumet en esclave à trop de tyrannie.
J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains,
Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins.
Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes :
À tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes,
De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir,
Fît d'un amour par force un amour par devoir.

[NDLR : si Angélique, dans la Place Royale, représente l’amante « parfaite » sur le modèle de l'Astrée d'Honoré d'Urfé, Alidor n'est pas éloigné d'Hylas qui représente le « change », l'inconstance amoureuse.]

 

« Corneille est un précurseur de Marivaux. » (Jean Decellas)

[NDLR : Jean Decellas a entièrement raison !]

 

furent évoqués :

 

Jean Racine : "Réponse au discours de réception de Thomas Corneille. Éloge de Pierre Corneille", 2 janvier 1685.
http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

 Messieurs,

 Il n’est pas besoin de dire combien l’Académie a été sensible aux deux pertes considérables qu’elle a faites presque en même temps, et dont elle seroit inconsolable, si, par le choix qu’elle a fait de vous, elle ne les voyoit aujourd’hui heureusement réparées.

 Elle a regardé la mort de M. de Corneille, comme un des plus rudes coups qui la pût frapper ; car bien que depuis un an, une longue maladie nous eût privés de sa présence, et que nous eussions perdu en quelque sorte l’espérance de le revoir jamais dans nos assemblées, toutefois il vivoit, et l’Académie dont il étoit le doyen, avoit au moins la consolation de voir dans la liste, où sont les noms de tous ceux qui la composent, de voir, dis-je, immédiatement au-dessous du nom sacré de son auguste protecteur, le fameux nom de Corneille.

 Et qui d’entre-nous ne s’applaudissoit pas en lui-même, et ne ressentoit pas un secret plaisir d’avoir pour confrère un homme de ce mérite ?

 Vous, Monsieur, qui non seulement étiez son frère, mais qui avez couru long-temps une même carrière avec lui, vous savez les obligations que lui a notre poésie, vous savez en quel état se trouvoit la Scène françoise, lorsqu’il commença à travailler. Quel désordre ! quelle irrégularité ! Nul goût, nulle connoissance des véritables beautés du théâtre. Les auteurs aussi ignorans que les spectateurs ; la plupart des sujets, extravagans et dénués de vraisemblance ; point de mœurs ; point de caractères ; la diction encore plus vicieuse que l’action, et dont les pointes, et de misérables jeux de mots faisoient le principal ornement. En un mot toutes les règles de l’art, celles même de l’honnêteté et de la bienséance par-tout violées.

 Dans cette enfance, ou pour mieux dire dans ce chaos du poëme dramatique parmi nous, votre illustre frère, après avoir quelque temps cherché le bon chemin, et lutté, si j’ose ainsi dire, contre le mauvais goût de son siècle, enfin, inspiré d’un génie extraordinaire, et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornemens dont notre langue est capable, accorda heureusement le vraisemblable et le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tout ce qu’il avoit de rivaux, dont la plupart déserspérant de l’atteindre, et n’osant plus entreprendre de lui disputer le prix, se bornèrent à combattre la voix publique déclarée pour lui, et essayèrent en vain, par leurs discours et par leurs frivoles critiques, de rabaisser un mérite qu’ils ne pouvoient égaler.

 La scène retentit encore des acclamations qu’excitèrent à leur naissance, le Cid, Horace, Cinna, Pompée, tous ces chef-d’œuvres représentés depuis sur tant de théâtres, traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. À dire le vrai, où trouvera-t-on un poëte qui ait possédé à la fois tant de grands talens, tant d’excellentes parties ? L’art, la force, le jugement, l’esprit ! Quelle noblesse, quelle économie dans les sujets ! Quelle véhémence dans les passions ! quelle gravité dans les sentimens ! quelle dignité, et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères ! Combien de Rois, de Princes, de Héros de toutes nations nous a-t-il représentés, toujours tels qu’ils doivent être, toujours uniformes avec eux-mêmes, et jamais ne se ressemblant les uns aux autres ! Parmi tout cela, une magnificence d’expression proportionnée aux maîtres du monde qu’il fait souvent parler ; capable néanmoins de s’abaisser quand il veut, et de descendre jusqu’aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable ; enfin, ce qui lui est sur-tout particulier une certaine force, une certaine élévation qui surprend, qui enlève, et qui rend jusqu’à ses défauts, si on lui en peut reprocher quelques-uns, plus estimables que les vertus des autres. Personnage véritablement né pour la gloire de son pays, comparable, je ne dis pas à tout ce que l’ancienne Rome a eu d’excellens tragiques, puisqu’elle confesse elle-même qu’en ce genre elle n’a pas été fort heureuse, mais aux Eschyles, aux Sophocles, aux Euripides dont la fameuse Athènes ne s’honore pas moins que des Thémistocles, des Périclès, des Alcibiades, qui vivoient en même temps qu’eux.

 Oui, Monsieur, que l’ignorance rabaisse tant qu’elle voudra l’éloquence et la poésie, et traite les habiles écrivains de gens inutiles dans les états, nous ne craindrons point de le dire à l’avantage des lettres, et de ce corps fameux dont vous faites maintenant partie ; du moment que des esprits sublimes, passant de bien loin les bornes communes, se distinguent, s’immortalisent par des chef-d’œuvres comme ceux de Monsieur votre frère, quelqu’étrange inégalité que durant leur vie la fortune mette entr’eux et les plus grands héros, après leur mort cette différence cesse. La postérité qui se plaît, qui s’instruit dans les ouvrages qu’ils lui ont laissés, ne fait point de difficulté de les égaler à tout ce qu’il y a de plus considérable parmi les hommes ; fait marcher de pair l’excellent poëte et le grand capitaine. Le même siècle qui se glorifie aujourd’hui d’avoir produit Auguste, ne se glorifie guère moins d’avoir produit Horace et Virgile. Ainsi, lorsque dans les âges suivans l’on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses, et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l’admiration de tous les siècles à venir, Corneille, n’en doutons point, Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles. La France se souviendra avec plaisir que sous le règne du plus grand de ses Rois a fleuri le plus célèbre de ses poëtes. On croira même ajouter quelque chose à la gloire de notre auguste monarque, lorsqu’on dira qu’il a estimé, qu’il a honoré de ses bienfaits cet excellent génie ; que même deux jours avant sa mort, et lorsqu’il ne lui restoit plus qu’un rayon de connoissance, il lui envoya encore des marques de sa libéralité, et qu’enfin les dernières paroles de Corneille ont été des remercîmens pour Louis-le-Grand.

 Voilà, Monsieur, comme la postérité parlera de votre illustre frère ; voilà une partie des excellentes qualités qui l’on fait connoître à l’Europe. Il en avoit d’autres qui, bien que moins éclatantes aux yeux du public, ne sont peut-être pas moins dignes de nos louanges ; je veux dire, homme de probité, de piété, bon père de famille, bon parent, bon ami ; vous le savez, vous qui avez toujours été uni avec lui d’une amitié qu’aucun intérêt, non pas même aucune émulation pour la gloire n’a pu altérer. Mais ce qui nous touche de plus près, c’est qu’il étoit encore un très-bon académicien. Il aimoit, il cultivoit nos exercices ; il y apportoit sur-tout cet esprit de douceur, d’égalité, de déférence même, si nécessaire pour entretenir l’union dans les compagnies. L’a-t-on jamais vu se préférer à aucun de ses confrères ? L’a-t-on jamais vu vouloir tirer ici aucun avantage des applaudissemens qu’il recevoit dans le public ? Au contraire, après avoir paru en maître, et pour ainsi dire, régné sur la scène, il venoit, disciple docile, chercher à s’instruire dans nos assemblées, laissoit, pour me servir de ses propres termes, laissoit ses lauriers à la porte de l’Académie ; toujours prêt à soumettre son opinion à l’avis d’autrui, et de tous tant que nous sommes, le plus modeste à parler, à prononcer, je dis même sur des matières de poésie.

 

Robert Brasillach : "Corneille" (réédition)

cf. : LdJ Anne Brassié 8/6

extrait du livre de Robert Brasillach lu à l’antenne : chapitre VI « La fin du voyage », parralèle de Corneille et de Shakespeare

 Mais un autre parallèle, moins connu, moins classique, le parallèle de Corneille et du plus grand génie dramatique de tous les temps, pourrait peut-être nous enseigner beaucoup de choses, je veux dire le parallèle de Corneille et de Shakespeare.

 Il est en France un écrivain qui a composé sur Rome une suite de drames pleins de beautés, de hardiesse, où semblent se deviner les formes éternelles de la politique, des drames où passent de belles figures de femmes, attendries par l'amour, raidies par la gloire et ces drames, ce ne sont ni Jules César, ni Coriolan, - mais Horace, Cinna et Othon. Il est un écrivain qui est allé chercher chez les chroniqueurs les tableaux de temps peu connus, où la décadence et les temps primitifs, l'or de Byzance, la guerre et la haine, composent des tableaux étranges et barbares, - et les drames de cet écrivain ne sont ni Macbeth, ni Hamlet, mais Pertharite, roi des Lombards, mais Héraclius, empereur de Byzance, mais Théodore, princesse de Syrie, mais Attila, roi des Huns. Il est un drame éternellement beau, où l'amour a été peint pour toujours avec sa pâleur, sa fraîcheur, son feu, où la jeunesse qui aime reconnaît à tout jamais son visage mortel et sa fougue, et ce drame, ce n'est pas Roméo et Juliette, c'est le Cid. Et le même écrivain a fait le portrait du monstre absolu, fou de domination, égaré par la montée du pouvoir en lui comme par la montée d'un poison dans le sang, et ce monstre sans doute il est dans Richard III, mais il est aussi dans Rodogune. Et si un poète a fait la chronique de l'Empire d'Angleterre dans une suite d'œuvres qui ne font qu’un avec l'orgueil national, l'autre a fait la chronique de l'Empire romain et l'a incorporée à notre histoire propre. Pour se délasser, tous deux ont imaginé aussi un monde conventionnel et ravissant, plein de beaux cavaliers qui discutent et se battent en duel, de femmes qui ne songent qu'à l'amour et l'un écrit Beaucoup de bruit pour rien, et l'autre écrit Le Menteur,  et l'un écrit Peines d'amour perdues, ou Les deux gentilshommes de Vérone, et l'autre La Place Royale, et Mélite. Encore ce monde reste-t-il en apparence proche du nôtre, miroir offert à la société ; mais bientôt, ils s'en évadent, ils appellent à leur aide la féerie, les machines, et l'un écrit La Tempête, et l'autre L'Illusion, et le magicien Alcandre sourit au magicien Prospero. Puis ils retournent à leur souci le plus profond, qui est le souci de la grandeur, ils proposent les plus nobles images qui soient de la condition humaine et de son destin, et Shakespeare se penche sur les mystères de la terre et du ciel et du sommeil pour écrire Hamlet et Corneille donne sa réponse de croyant à Hamlet en écrivant Polyeucte.

 

l’éditorial de Claude Humbert dans Le Point du 15 juin : D’un Corneille à l’autre
http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=179816

 

catégorie : (LdJ Pierre Dehaye)

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