14 juillet 2006 5 14 /07 /juillet /2006 09:45


[article rédigé par Aristote, merci à lui !]

 

présenté par Jean Decellas

 

hommage à Pierre Corneille : Corneille vu par Charles Péguy

 

Charles Péguy (1873-1914)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_P%C3%A9guy
http://www.coeur-de-france.com/peguy.html

"Victor-Marie, comte Hugo"
http://www.amazon.fr/gp/product/B0000DVHD3/

Cet ouvrage contient un vibrant hommage en l’honneur de Corneille. Il contient aussi un parallèle entre Corneille et Racine.

extrait :

Quand nous ferons à notre tour, quand nous referons après tant d'autres le célèbre parallèle (si inégal) de Corneille et de Racine, nous reconnaîtrons aisément, ce sera une de nos premières constatations, une de nos reconnaissances capitales (...) que Corneille ne travaille jamais que dans le domaine de la grâce et que Racine ne travaille jamais que dans le domaine de la disgrâce. Corneille n'opère jamais que dans le royaume du salut, Racine n'opère jamais que dans le royaume de la perdition.(...) Les blessures que nous recevons, nous les recevons dans Racine, les êtres que nous sommes, nous le sonnes dans Corneille. (...) Les vieux criminels censément les plus endurcis de Corneille ont le cœur plus pur que les plus jeunes adolescents (et surtout adolescentes) de Racine. L’impuissance à la cruauté des cornéliens est désarmante. La cruauté naturelle, profonde des raciniens est sans limite. (...) Par son impotence même de mal, de cruauté, Corneille va plus profond que Racine.

 

citation de Corneille (parmi d'autres) :

"Le Cid", I, 6 (stances de Rodrigue)

Percé jusques au fond du cœur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l'étrange peine !
En cet affront mon père est l'offensé,
Et l'offenseur le père de Chimène !
Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :
L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?
Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui causes ma peine,
M'es-tu donné pour venger mon honneur ?
M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?
Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père :
J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
À mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,
Et l'autre indigne d'elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme ; et puisqu'il faut mourir,
Mourons du moins sans offenser Chimène.
Mourir sans tirer ma raison !
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée !
N'écoutons plus ce penser suborneur,
Qui ne sert qu'à ma peine.
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,
Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.
Oui, mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse :
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
Je m'accuse déjà de trop de négligence :
Courons à la vengeance ;
Et tout honteux d'avoir tant balancé,
Ne soyons plus en peine,
Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est père de Chimène.

 

quelques autres lectures :

 

Charles Péguy : "Les Tapisseries"

 

"La tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc"
http://www.biblisem.net/meditat/peguytsg.htm (en ligne)

extraits :

Quatrième jour

Comme la vieille aïeule au plus fort de son âge
Se réjouit de voir le tendre nourrisson,
L’enfant à la mamelle et le dernier besson
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;

Elle en fait par avance un très grand personnage,
Le plus hardi faucheur au temps de la moisson,
Le plus hardi chanteur au temps de la chanson
Qu’on aura jamais vu dans cet humble village :

Telle la vieille sainte éternellement sage
Connut ce que serait l’honneur de sa maison
Quand elle vit venir, habillée en garçon,

Bien prise en sa cuirasse et droite sur l’arçon,
Priant sur le pommeau de son estramaçon,
Après neuf cent vingt ans la fille au dur corsage ;

Et qu’elle vit monter de dessus l’horizon,
Souple sur le cheval et le caparaçon,
La plus grande beauté de tout son parentage.


Cinquième jour

Comme la vieille aïeule au fin fond de son âge
Se plaît à regarder sa plus arrière fille,
Naissante à l’autre bout de la longue famille,
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;

Elle en fait par avance un très grand personnage,
Fileuse, moissonneuse à la pleine faucille,
Le plus preste fuseau, la plus savante aiguille
Qu’on aura jamais vu dans ce simple village

Telle la vieille sainte éternellement sage,
Du bord de la montagne et de la double berge
Regardait s’avancer dans tout son équipage,

Dans un encadrement de cierge et de flamberge,
Et le casque remis aux mains du petit page,
La fille la plus sainte après la sainte Vierge.


Sixième jour

Comme Dieu ne fait rien que par miséricordes,
Il fallut qu’elle vît le royaume en lambeaux,
Et sa filleule ville embrasée aux flambeaux,
Et ravagée aux mains des plus sinistres hordes ;

Et les cœurs dévorés des plus basses discordes,
Et les morts poursuivis jusque dans les tombeaux,
Et cent mille Innocents exposés aux corbeaux,
Et les pendus tirant la langue au bout des cordes

Pour qu’elle vît fleurir la plus grande merveille
Que jamais Dieu le père en sa simplicité
Aux jardins de sa grâce et de sa volonté
Ait fait jaillir par force et par nécessité ;

Après neuf cent vingt ans de prière et de veille
Quand elle vit venir vers l’antique cité,
Gardant son cœur intact en pleine adversité,
Masquant sous sa visière une efficacité ;

Tenant tout un royaume en sa ténacité,
Vivant en plein mystère avec sagacité,
Mourant en plein martyre avec vivacité,

La fille de Lorraine à nulle autre pareille.

 

Racine : "Iphigénie"

(le sacrifice d’Iphigénie, Tiepolo, 1757)

extrait de l’acte IV, scène 3

Iphigénie :

Et déjà, d'Ilion présageant la conquête,
D’un triomphe si beau je préparais la fête.
Je ne m’attendais pas que pour le commencer,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Non que la peur du coup dont je suis menacée
Me fasse rappeler votre bonté passée.
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux,
Ne verra point rougir un père tel que vous ;
Et si je n’avais eu que ma vie à défendre,
J'aurais su renfermer un souvenir si tendre.
Mais à mon triste sort, vous le savez, seigneur,
Une mère, un amant attachaient leur bonheur.
Un roi digne de vous a cru voir la journée
Qui devait éclairer notre illustre hyménée.
Déjà sûr de mon cœur à sa flamme promis,
Il s’estimait heureux : vous me l’aviez permis.
Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes.
Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes.
Pardonnez aux efforts que je viens de tenter
Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

Agamemnon :

Ma fille, il est trop vrai. J’ignore pour quel crime
La colère des dieux demande une victime ;
Mis ils vous ont nommée. Un oracle cruel
Veut qu’ici votre sang coule sur un autel.
Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières,
Mon amour n’avait pas attendu vos prières.
Je ne vous dirai point combien j’ai résisté...

(le meurtre d’Agamemnon, Pierre-Narcisse Guérin)

 

catégorie : (LdJ Pierre Dehaye)

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