24 février 2006 5 24 /02 /février /2006 10:45


[article rédigé par Aristote, merci à lui !]

 

présenté par Jean Decellas

 

Pierre de Nolhac (1859-1936)

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=537
http://commelaplumeauvent.com/pierre-de-nolhac.htm

 

"Paysage de France et d'Italie" : Sonnet pour Hélène

« Lorsque Ronsard vielli vit pâlir son flambeau
Et connut le néant des gloires passagères,
Il voulut échapper aux amours mensongères,
Et d'une chaste fleur couronner le tombeau.

Faisant don de sa Muse et de son cœur nouveau
À la jeune vertu d'Hélène de Surgères,
Il confia ce nom à des rimes légères,
Et son dernier amour ne fut pas le moins beau.

Ils se plaisaient ensemble à fuir les Tuileries
Et devisaient d'Amour sur les routes fleuries,
D'Amour, honneur des noms qu'il sauve de périr.

Le poète songeait, triste qu'elle fût belle
Alors qu'il était vieux et qu'il allait mourir ;
- Mais, elle, souriait, se sachant immortelle. »

 

"Le testament d’un Latin", Plon, 1929
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B0000DN3N1/

« Je ne quitterai pas ce monde où j’ai laissé
S’enchanter mon esprit aux songes du passé
Sans avoir rendu grâce à la cause première
Par qui j’ai pu goûter les sons et la lumière,
Et sans me réjouir qu’il m’ait été donné
De connaître l’honneur du sang dont je suis né.
Puisqu’une voix vivante en moi parle et proclame
Comment dans nos aïeux se prépara notre âme,
Je veux la faire aux miens puis à tous ceux
Qui, grandis comme nous et sous les mêmes cieux
Cherchent pareillement le secret que charrie
Dans nos veines le flux incessant de la vie. »

Prélude

« Fils d’un peuple démon, où, dans l’ombre des bois,
Le mystère divin prête aux chênes ses voix,
Chez qui les longs hivers, les vastes solitudes
Font en décor durci vivre des âmes rudes,
Fières, prêtes toujours aux ordres de la mort,
Pourquoi, né d’un tel sol, nourri d’un sang si fort
Dans ce coeur irrité formes-tu d’autres rêves ?
Vers quels pays lointains fuis-tu ? Vers quelles grèves?
Comment un seul désir, identique et joyeux,
Met-il toujours sa claire image dans tes yeux. ?
Reconnais-tu la mer sous les feux d’une aurore
Qui sur tout l’horizon la caresse et l’adore ?
Une montagne agreste et verte d’arbrisseaux
Double sa forme harmonieuse au fond des eaux.
Tout est frais, tout est pur. L’offrande du rivage,
Unissant mille odeurs en un encens d’hommage,
Monte vers le soleil, seigneur du ciel ardent.
Sous les pas arrondis qu’a modelé le vent,
Des temples étagés sur la colline haute
Regardent fuir au loin les golfes de la côte.
Mais une voile approche et déjà, sur les flots,
S’envole chez les dieux l’hymne des matelots
Ta mémoire, à la fois lumineuse et sonore,
T’apporte, si tu veux, d’autres tableaux encore.
Vois descendre des monts où dansaient les sylvains
La nuit, qui sur les eaux pose ses pieds divins
Et grandissant au ciel entraîne dans ses voiles
Le peuple illimité des tremblantes étoiles.
A l’Occident s’éteint la ligne de clarté.
Nul chant ne s’entend plus sur le flot déserté,
Et l’homme, abandonné par les voix de la vie,
Se sent enveloppé de l’étrange harmonie
Où vibre, comme un luth immense dans l’éther,
Le silence accordé du ciel et de la mer. »

La nouvelle Sagesse

« Bonté de Dieu qui vint révéler à l’homme,
Quand l’esprit grec régnait sur l’univers de Rome,
Tendresse d’un appel aux mots inentendus
Qu’une longue espérance avait tant attendu,
Liberté dont l’esclave eût allégé sa chaîne,
Lumière que Platon entrevoyait à peine,
Pur amour dont nul rêve humain n’aurait osé
Proposé le mystère au monde hellénisé.
Lorsque jaillit à flot pour la terre incertaine,
Au jour prophétisé, la nouvelle fontaine,
Bien qu’elle eût déjà bu dans la source du vrai,
Son coeur de plus en plus en restait altéré.
Les peuples égarés par l’orgueil de la vie
Au désordre charnel la tenait asservie.
Les meilleurs, attentifs à la seule beauté,
Dissimulaient sous le décor de la cité
Une geôle où peinait la tourbe en servitude.
Partout violenté, rompu de lassitude,
L’esclave qui mêlait ses larmes à son sang
Ebranlait d’un long cri la maison du puissant.
Comment les peuples rois, élus de la lumière,
Ont énervé leur force et leur vertu première ?
Comment dans leur ciel pur le châtiment tonna ?
Pourquoi sont écroulés tes autels, Athéna ?
Nous le savons L’histoire est un vaste décombre.
Quand une nation, par des vices sans nombre,
A prodigué l’outrage aux dieux qu’elle adora,
Le cheval du barbare entre dans l’agora.
Mais tu reprends alors, ô Méditerranée,
La tâche qui t’illustre et te reste assignée.
Tu rapproches encore les hommes. C’est pour eux
Que de nouvelles nefs fendent les flots heureux.
Ceux qui viennent avec l’hostie et le calice
Ont connu la montagne où fut le grand supplice
Et la marque à long front par le feu visité
Est le signe du juste et du ressuscité.
Ils apportent son nom sous leur manteau de laine
Et l’amour infini dont sa parole est pleine
Ordonne qu’à leur voix les peuples soient unis.
Apôtres, confesseurs, martyrs, soyez bénis.
Par vous, par votre fière et fidèle espérance,
La terre en son péché verra sa délivrance.
Et s’ils ont dans le coeur Celui dont vous parlez
Les doux seront heureux, les pleurants consolés.
Courez, saints ignorés, de rivage en rivage,
Allez, sans vous lasser, porter votre message
A la mer hellénique et dans les ports latins.
Annoncez-leur le Christ et les nouveaux destins,
Le Christ vengeur en qui toute injustice espère,
Le Christ libérateur, le Sauveur et le Père. »

Roma aeterna

« Rome, tu ne meurs pas. Après dix-neuf cents ans,
Nous n’avons point cessé d’user de tes présents.
Car, dans ces temps nouveaux, tu poursuis ta fortune.
Tu donnes aux Latins leur grande âme commune.
Quiconque vient à toi, même l’humble passant,
Devrait franchir ta porte en fils reconnaissant.
Les enfants de ton âme auquel ton sort te lie,
Ne les recherche pas dans l’heureuse Italie.
Et si le juste orgueil de ton sang rénové
T’invite à ressaisir un rôle inachevé,
Si la race a pris foi dans ta force fidèle,
Fais appel à tous ceux qui se réclament d’elle.
Songe qu’ils ont lutté dans les mêmes périls,
Qu’ils ont su pour ta gloire unir des coeurs virils
Que pour d’autres labeurs leurs volontés sont prêtes.
Dont la voix a parlé par celle des poètes.
Nos peuples, héritiers des domaines romains,
Sauront garder la paix du monde entre leurs mains,
Disait-il en des jours de tourmente lointaine
Pour ton oeuvre aujourd’hui l’heure est moins incertaine.
Une égale espérance est la nôtre toujours
Et du ciel où jaillit le cri de ses amours
L’alouette gauloise émerveille et domine
Les champs ensemencés pour les moissons latines.
Ton empire idéal, Rome, règne au-delà
De cette étroite Europe où  l’autre s’écroula.
Au loin des océans, un peuple ne s’élève
Qu’autant que ton esprit l’étreint et le soulève.
Même les plus épais et les plus orgueilleux
Se sentiraient déchoir si tu t’éloignais d’eux.
Les puissances de l’or et du fer et du nombre
Ne dominent qu’un temps et passent comme l’ombre.
La force ne construit jamais. Les nations
Se brisent dans le choc de leurs ambitions.
Mais tu restes debout avec ta face auguste.
Ta main, dans les conflits se lève ferme et juste.
Le violent se tait lorsque tu dis le droit.
Le faible a son recours ;  il le sait, il y croit
Car toute liberté s’éteindrait sur la Terre
Si, s’élevant pour lui, ta voix devait se taire.
Tu rappelles à l’homme épuisé le plaisir
Qu’il est d’autres espoirs et de plus fiers désirs.
Il apprend les vertus qui t’ont faite si grande.
Parle donc, appuyée au glaive, et qu’on t’entende !
Oppose les progrès des beaux âges chrétiens
Aux nôtres qui ne sont que matière. Et maintiens,
Au-dessus des bourbiers de ce monde superbe,
La primauté de l’âme et la splendeur du Verbe. »

Le temple universel

(...)

« Pour l’oeuvre sans égale où ta bonté s’applique,
Je te salue, ô sainte Eglise catholique !
Je te vénère, humaine et divine Maison,
Où la mystique vit au coeur de la raison.
Je t’admire après tant tes moissons dans le monde,
Par l’esprit qui mûrit et le sang qui féconde.
Et je t’aime d’unir pour tes vastes desseins
Les maîtres de beauté, les savants et les Saints. »

[NDLR : extraits notés « sous la dictée »,  donc sous toute réserve,
notamment sur le plan de la ponctuation...]

 

furent évoqués :

 

le quatrième centenaire de la naissance de Corneille (6 juin 1606)

http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html

 

Jugement de Napoléon (février 1816 ou 1817) : « La tragédie échauffe l’âme,
élève le coeur, peut et doit créer des héros. Sous ce rapport, peut-être, la
France doit à Corneille une partie de ses plus belles actions. »

 

catégorie : (LdJ Pierre Dehaye)

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