9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 10:45


[article rédigé par Aristote, merci à lui !]

 

présenté par Pascal Payen-Appenzeller

 

Kiril Kadiiski, directeur du Centre Culturel Bulgare, poète

http://www.bibliomonde.com/pages/fiche-auteur.php3?id_auteur=1574
http://www.tv5.org/TV5Site/info/actufiches-1941-Kadiiski-Kiril
http://www.ccbulgarie.com

"Poèmes : Poems" (édition bilingue français-anglais)

 

extraits :

 

 Ville noctambule, 1998
http://www.amazon.fr/Ville-noctambule-Kiril-Kadiiski/dp/2851945920/

 

Paris

La nuit, martyrisée, a de nouveau ouvert ses entrailles ardentes
Pour mettre au monde son soleil illégitime
Et le jeter aux pieds de Paris.
Mais cette ville ne se laisse pas épater.
Tu te tais, enfoui parmi les étalages poussiéreux près de la Seine.
Oui, tout, ici, monnaies, gravures, pensées précieuses, trouve preneur.
Sur l’asphalte humide brille une feuille de châtaignier, bouteille de pluie brisée.
Tu le sens : toutes les pluies du monde ne pourront dépouiller cette ville de son or
Et de ses chiffons luxueux,
Cette ville faite de cartes postales en couleur et de lieux mystérieux,
Souvent grise et ennuyeuse, comme un rêve devenu réalité.
Tu n’es pas le seul étranger parmi les milliers de passants.
Regarde : girafe bleue, la Tour Eiffel avance,
S’élance vers l’avenir et comme toi, hélas, dans le passé, elle retombe.
Ainsi tout va.

 

  Le crâne de Yorick

Le silence est peut-être bien l’âme de toute chose,
Comme le prétend un célèbre poème,
Mais l’âme de la langue n’est pas faite de silence,
L’âme de la langue est le silence qui crie.

 

 Plume de Phénix, 1993

Notre vie est une forêt d’automne,
Dans ses sombres entrailles se fane notre sang.
Tu aperçois un renard traîner derrière lui une immense torche flamboyante.
Quels incendies fantômes ont embrasé la Terre aujourd’hui !
Ah ! Le renard, c’est lui qui a enflammé les forêts d’été.
Elle vit et vivra toujours la gloire d’Erostrate.
Mais ton âme s’en remet aux mots.
Ce qu’elle avait à dire, la terre d’été nous l’a dit sans mots.
Et toi, né de la poussière mais pas encore poussière,
Ta bouche serait-elle devenue muette ?
Notre vie ressemble à une forêt d’automne,
Embrasée soudain par la ruse du renard.
La nature est un Phénix qui vole de ses ailes d’émeraude,
Mais déjà nous avons enduit la flèche de poison.
Des nuées d’oiseaux prennent leur essor et fuient vers le Sud,
Mais pas toi.
Et les avions, hélas, reviennent se poser à l’aéroport militaire.
Crépuscule dépeuplé, ô avenir de la Terre,
Aujourd’hui, voilà un tracteur longtemps qui gronde dans les champs.
Jusqu’au soir, il couvre les sillons d’une maille grossière,
Tricotant un gilet pour la terre nue.
Et, là-bas, au loin, étincelle un lac pour décorer enfin d’une médaille
Le sein de la terre.
Mais y a-t-il dans ce monde une distinction valable
Si même la médaille du ciel tombe de sa boutonnière ?
Un jour on te décorera à ton tour, mais ta poitrine sonnera déjà creux.
Poitrine creuse, bouche close, le lac brille, sceau de plomb sur la bouche de la terre,
Mais parlons tant que la nuit n’est pas tombée pour nous cacher même les choses évidentes.
Des arbres élagués, sur la colline, pointent leur périscope par où la mort espionne la vie
Depuis les profondeurs.
Mais parlons, parlons tant que nous sommes ici.
Ce que tu ressens, personne d’autre ne le dira.
Ne pas se taire, même si, dans les branches nues,
Les nids sont noirs comme des micros,
Où le vent, bientôt, va se mettre à hurler.
Tout est déjà enregistré, et tu n’as plus peur.
Tout est désert comme une salle de concert vide
Où traînent les billets avec des chuchotements de feuilles mortes.
Et les graines de tournesol.
Mais tes graines les plus pures, où sont-elles ?
Si la pierre du croissant aiguise l’horizon, fausse, sanglante,
On n’apprend rien, même si tout se répète.
Sur le seuil, le jardinier, qu’attend-il désormais ?
Assis au creux de la pastèque noire et brillante de la nuit,
Il la sent mûrir, gonfler à craquer et se remplir d’une sève sucrée.
Mais en vain quelqu’un y mordra à l’aube, en recrachant les étoiles.
Le matin reviendra tirer un nouveau trait sur la nuit,
Et une vie nouvelle reprendra jusqu’au soir.
Le temps est divisé encore en jours et en nuits,
Notre corps se divise en âme et en dépouille,
La mer se divise en écume et en eau,
Les Balkans sont divisés en mort et liberté,
L’homme se divise en lâches et en héros,
L’éclair se divise en foudre et en tonnerre,
Le feu se divise en flammes et en fumée.
Ainsi nous divisons-nous, toi et moi.
Que nous ne fassions qu’un échoue à le prouver, ma chère,
Nos cendres mêlées dans la fosse commune.
La vie n’est pas si réussie puisqu’elle recommence chaque fois
Et qu’il neigera encore et encore.
Les neiges recouvriront les tumuli, traces,
Chameaux d’argent qui se hâtent dans la nuit et se font tout petits
Dans l’espoir de rentrer enfin chez eux, là, dans la terre fatiguée des origines.
Sous les polygones, là où les prés sont verts,
Les femmes ont le teint rose et les hommes la barbe rousse,
Là, au cœur des forêts séculaires où Orphée avait réconcilié toutes les bêtes
Dont les yeux brillaient dans l’obscurité,
Univers d’amour et de bonté.
Là où, sur le bouclier d’Achille, non seulement la vie sur terre mais tout l’univers
Avait pris place,
L’univers toujours immense au dessus de nous,
Recouvrant à peine nos misérables boucliers.
Qu’est-ce que ces flèches de glace sur la colline nue, venues de l’Antiquité ?
Ce sont les vignes humides, qui dévalent,
Légions défaites, pourchassées par la cavalerie barbare du vent.
Et, terrassées, elles hurlent sans voix :
Que reste-t-il de cet empire fleuri d’Auguste ?
Et où est passée la fleur de tous les empires ?
Est-ce, sous la terre labourée, au rendez-vous des siècles ?
La vie a déjà fait couler tant de sueur
Que demain ce n’est pas du givre qui argentera les champs déserts
Mais du sel.
Voici qu’approche l’heure du déclin pour tout ici-bas,
Et la grappe de raisin doux, cet oubli le plus amer, invisible sous les feuilles rouillées,
Telle l’âme sous la rouille de la chair,
O grappe sombre de Chrétiens terrés dans une grotte païenne,
Le visage tourné vers une autre vie plus parfaite,
Comme il est froid et désert le ciel d’automne,
Et toujours immense l’univers au dessus de nous.
Mais déjà des hommes meurent même au ciel.
Vivrons-nous, nous préservant de nous-mêmes, avant de nous changer en filet de fumée ?
Le froid ruisselle d’en haut.
N’y a-t-il que le ciel qui brûle sur la Terre entière ?
Tombe, tombe toujours une suie blanche et froide.
Tu n’as plus mal, est-ce la fin déjà ?
Il neigera encore et il y aura de la neige et des feuilles non ensevelies.
Drap sanglant du désordre de l’hiver, paisible blancheur,
Comme sous le néon livide d’un hôpital,
Les arbres professeurs et un seul malade.
Cet hiver encore le monde soignera ses plaies.
Pourvu qu’il ne cesse de respirer comme tant de tyrans,
Comme tant de martyrs à cette heure,
Ciel vitreux au dessus de la terre transie, froid universel.
Que voit-on par les trous ?
Le soleil du Paradis, des feux funestes ou un foyer qui réchauffe.
Le village, à l’haleine chaude, dort à l’abri jusqu’à l’aube.
Les cheminées enneigées émettent des étincelles, en morse.
Seul est éveillé le feu sur la terre gelée.
Et du feu de nos âmes, que s’échappe-t-il ?
Des étincelles, comme au temps de l’être dans la nuit,
Qui nous permettent d’écrire nos noms sur le marbre noir et poli de l’univers,
Seule pierre tombale pour celui qui ne meurt pas.

 

[NDLR : poèmes pris sous la dictée et donc communiqués sous toutes réserves]

 

fut évoqué (entre autres) :

 

Jacques Chessex, poète et écrivain suisse

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Chessex
http://www.campiche.ch/pages/auteurs/chessex.html

 

catégorie : (LdJ Pierre Dehaye)

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