26 juin 2005 7 26 /06 /juin /2005 23:00

 


Il aurait voulu enseigner l’histoire ; depuis 1978 il la vit, et parfois la fait. Faisant fi de sa timidité naturelle, et bridant son tempérament de gaffeur, il avance à marche forcée. Sous ses airs d’enfant sage, Martial Bild est un fonceur. Qui n’a qu’une détestation : les idées molles.

Levons d’abord un mystère : le patronyme de Martial Bild est d’origine sarroise, du nom de la Sarre, land allemand limitrophe de la France et du Luxembourg et qui ne fut définitivement rattaché à la République fédérale d’Allemagne qu’en 1957 après avoir été, plusieurs décennies durant, l’objet d’un vif contentieux entre la France et l’Allemagne.

La famille Bild ayant émigré, c’est dans le XVIIe arrondissement de Paris, où ses parents sont commerçants, que Martial vient au monde le 12 novembre 1961 alors que la France vit au rythme de ce que l’on appelle les « évènements » d’Algérie.

Une jeunesse parisienne

Issu d’un milieu modeste, il effectue son primaire dans l’école publique de la rue Legendre, puis intègre le lycée Carnot, où il restera jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, section D. Parallèlement, il est scout, dans la troupe de Saint-Charles-de Monceau. Il y découvre un sens de l’ordre qui lui convient, et dont il va se faire à son tour le propagandiste à Carnot, « en réaction à ce milieu gauchiste et friqué » dont il ne supporte plus l’hypocrisie… mais qu’il n’a pas fini de côtoyer.

Le moment venu de se lancer dans les études supérieures, c’est en effet à la faculté de Tolbiac qu’il se retrouve, laquelle n’a pas précisément la réputation d’être un fief réactionnaire, alors que les lectures de Martial, elles, le sont déjà bel et bien. Rêvant de pouvoir enseigner un jour l’histoire, il a pour modèle Jacques Bainville (1879-1936), qui fût l’un des historiens les plus lucides de son temps.

C’est à Tolbiac qu’il fera la connaissance de Car Lang, venu parfaire ses connaissances historiques, alors que Martial se passionne, lui, pour la polémologie – l’étude des causes des guerres - , une spécialité dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas cessé d’être utile à la bonne compréhension des évènements internationaux…

Martial a quinze ans quand son père, homme de droite et militant de la cause nationale, qui était l’un des rares à soutenir Jean-Marie Le Pen en 1974, est très prématurément enlevé à son affection. Mais les valeurs qu’il a inculquées à son fils demeurent, et celui-ci commence à s’intéresser à la politique.

Premières armes

En 1978, il rejoint le Front de la Jeunesse (FJ) qui dépend du Parti des forces nouvelles (PFN) que dirigent Roland Hélie, Jack Marshal et Pascal Gauchon, et effectue non sans panache ses premières distributions de tracts dans son propre lycée. Et en septembre 1980, il adhère au Front national, malgré la pression de ses camarades qui trouvent Le Pen « ringard » et s’efforcent de le convaincre de rester au PFN qui leur paraît plus moderne et donc promis à un plus brillant parcours… Ils ont beau argumenter, Martial ne partage pas leur analyse : « Jean-Marie Le Pen me paraissait plus apte à construire l’avenir. Le Front National me semblait plus sérieux, plus efficace, et j’en avais assez de mener de petites actions qui ne débouchaient sur rien. »

Allant sur ses 19 ans, Martial est aussitôt orienté vers le Front national de la jeunesse (FNJ). Il refuse : « Je cherche une structure pour faire de la politique. Au FNJ, on déconne trop ! » Vu comme ça… Il a rencontre André Dufraisse, responsable du Front national sur Paris. Ce fidèle ami de Jean-Marie Le Pen, cofondateur du FN l’accepte « parmi les grands ». Mais ce n’est que partie remise de quelques mois. Car en juin 1981, Martial est, contre son gré, bombardé à la tête du FNJ pour le XVIIe arrondissement. Il en deviendra l’année suivante le responsable parisien, puis, en 1983, couvrira l’ensemble des activités du FNJ d’Ile-de-France.

A Tolbiac, Martial a très vite été identifié. Il ne peut plus guère accéder au campus sans être interpellé – quand il n’est pas franchement insulté ou agressé. Le Front national, de son côté, commence à se développer et Martial subi ce qu’il appelle «un coup du destin»...

Lors d’une partie de tennis, son genou a lâché. Trois interventions chirurgicales ont été nécessaires, qui n’ont pas suffi à redonner toute sa capacité à son articulation. Aussi lorsque survient l’examen d’aptitude à effectuer son service militaire, Martial est déclaré bon…pour rester chez lui. Si la France ne veut pas de lui pour prendre les armes, qu’est-ce qui lui interdit d’effectuer quand même un service national ? Ainsi opte-t-il pour un « service civil »… au sein du Front national.

A la demande de Michel Collinot, il devient l’un des premiers permanents du Front national et est enrôlé pour se lancer dans sa première campagne électorale, comme militant mais aussi comme candidat. En 1983, Martial figure en effet sur la liste conduite par Jean-Marie Le Pen dans le Xxe arrondissement de Paris. Une campagne mémorable puisqu’elle va être marquée par l’élection de Jean-Marie Le Pen comme conseiller d’arrondissement, et entraîner l’envol du Front national.

Nuit et jour, ce sont collages et tractages qui se chevauchent avec sa fonction d’animateur de Radio Le Pen. Martial, qui est l’homme à tout faire, ne s’en plaint pas. Il n’y a pas de meilleure école de formation : « J’ai appris à coller et à tracter, mais aussi à écrire et à communiquer, à trouver les meilleurs moyens de faire passer des messages politiques. »

En 1984, le Front national tient congrès à Quarré-les-Tombes dans le Morvan. L’objectif est de remodeler les structures du mouvement, de les adapter à son décollage électoral, à l’afflux de nouveaux adhérents et aux besoins qui en découlent, ce qui va notamment se traduire par l’instauration de directions nationales, devenues depuis les délégations nationales.

Le Front National de la Jeunesse

L’ordre du jour du congrès ne comporte rien qui concerne le Front national de la jeunesse. Il n’est prévu, ni de l’intégrer officiellement dans les structures du FN, ni même d’en évoquer le fonctionnement. Carl Lang et Martial Bild, qui font office de dirigeants nationaux de fait du FNJ, n’entendent pas rester en marge de la restructuration et s’invitent aux débats. Bien leur en prend : une direction nationale du FNJ est officiellement créée. Carl Lang reçoit la charge de mettre en place les structures locales et de superviser le service d’ordre ; Martial Bild assumera toute la gestion administrative et fonctionnelle du FNJ. Il sera aussi à l’origine de quelques-unes de ces actions de propagande qui vont marquer l’histoire du Front national.

L’une des plus célèbres date de 1985. Sous la direction apparente d’Harlem Désir, et sous celle, effective, de Julien Dray, l’organisation SOS Racisme, a réussi à mobiliser l’intelligentsia, les médias et une large part de la jeunesse de France autour du slogan Touche pas à mon pote ! Le badge à la main jaune est devenu le signe de reconnaissance des «antiracistes» qui sont d’abord des antilepénistes. Désireux de ne pas laisser le terrain monopolisé par l’adversaire, Martial cherche une idée qui permette au FNJ d’opérer une contre-offensive. La lecture d’un article du quotidien Présent la lui fournit. De l’injonction : Touche pas à mon peuple ! il va faire le mot d’ordre d’une génération de jeunes militants frontistes.

Le succès de « cette riposte violente » à la propagande de SOS Racisme, selon l’expression employée par Le Nouvel Observateur qui a décidément une conception très personnelle de la brutalité, dépassera toutes les espérances de son concepteur. En quelques semaines, 50 000 exemplaires du badge seront vendus, pour le plus grand profit de son fabricant – qui n’était autre que celui-là même qui produisait les mains jaunes de SOS Racisme ! -, et pour celui du FNJ, qui put ainsi accélérer son développement et se doter de nouvelles structures en province.

« Cette campagne, reconnaît Martial Bild, a marqué le véritable décollage du FNJ », dont la première université d’été se tient, cette même année 1985, dans la salle de la Mutualité à Paris en présence de cent vingt cadres. « Pour pouvoir loger tout le monde, il avait fallu réserver des chambres. Nous en avions retenu certaines dans des hôtels proches de la rue Bernoulli, en faisant plus attention au prix qu’à la bonne tenue de l’établissement. Moyennant quoi certains se sont retrouvés logés…dans des hôtels de passe ! »

L’année suivante, c’est dans le château que le Cercle national des combattants de Roger Holeindre vient d’acquérir à Neuvy-Sur-Barangeon qu’est organisée, en septembre, la deuxième université d’été. Pour le confort, on reste toutefois dans le rustique. Le château étant en travaux, les sessions se tiennent dans les écuries. Les cadres dorment dans de vastes dortoirs de 50 lits, les douches sont à l’extérieur, l’eau est froide et l’électricité ne fonctionne pas !

« Dans ce type de situation, certains se demandent au début ce qu’ils sont venus faire dans cette galère. Mais au final, ils n’en gardent que les bons souvenirs. »

Fort des succès obtenus à la tête du FNJ, Martial est élu en 1985, lors du congrès de Versailles, au comité central du Front national, et prend en 1986 la responsabilité totale du FNJ et fait son entrée au Bureau politique. Il la conservera jusqu’en 1992.

Premiers mandats

Et depuis 1983, il n’a manqué aucune occasion de se porter candidat à tous les scrutins municipaux, législatifs et régionaux. En 1989, il a été élu Conseiller municipal de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Les électeurs l’ont reconduit en 1995. Mais en 2000, lorsqu’il a été nommé secrétaire départemental de Paris du Front national, en remplacement de Martine Lehideux, il a préféré passer la main. Mieux vaut laisser d’autres agir que de vouloir tout faire soi-même, de ne pas y parvenir et de décevoir.

En 1992, il a également été élu Conseiller régional d’Ile-de-France, la liste qu’il conduisait en Seine-Saint-Denis ayant recueilli près de 20 % des suffrages. Il l'est toujours mais élu depuis 2004 sur la liste parisienne.

L’un de ses plus beaux souvenirs de campagne date des élections législatives de 1993, lorsque, candidat en Seine-Saint-Denis contre Robert Pandraud, ministre de la Sécurité publique de Jacques Chirac sous la première cohabitation – et passé à la postérité pour avoir déclaré, après la mort de Malik Oussekine durant les manifestations étudiantes de décembre 1986 : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais d’aller faire le con dans les manifs » - il obtient près de 25 % des suffrages et accède au second tour.

Un acteur de premier plan

Adjoint, depuis 1997, de Bruno Gollnisch au secrétariat général puis à la délégation générale du Front national, devenu, quelques semaines après la crise de 1998, rédacteur en chef de Français d’abord, Martial Bild est aussi, et même d’abord, le responsable de la communication interne du Front, ce qui lui vaut d’avoir l’une des voix les plus connues du FN, grâce à Audiotel, et ce qui, surtout, vaut au Front national de n’avoir manqué aucune des révolutions technologiques.
« Ma passion pour les nouvelles technologies, explique Martial Bild, est née d’un constat politique : les vecteurs officiels de l’information forment tous des prismes ou des kaléidoscopes déformant volontairement les idées du Front national. D’où la nécessité de créer les moyens d’instaurer une communication directe avec nos compatriotes, en contournant la presse écrite ou audiovisuelle institutionnelle. Je dois dire que j’ai été aidé par un précurseur : Michel Collinot, qui eut l’idée astucieuse d’utiliser les moyens de la téléphonie pour diffuser un message politique. Ce fut Le Pen Infos qui, vingt-trois ans après sa création, demeure un outil important dont le FN est le seul parti à disposer. L’utilisation des nouvelles technologies nécessitant des investissements, il va de soi que rien n’aurait pu se faire sans l’aval de Jean-Marie Le Pen. Or non seulement il m’a toujours apporté une aide précieuse, mais en grand professionnel de la communication qu’il n’a jamais cessé d’être – il ne faut pas oublier qu’il a fondé la Serp -, il a toujours soutenu les projets visant à utiliser les procédés les plus modernes pour diffuser les idées nationales. »

C’est ainsi que le Front national a été précurseur dans plusieurs domaines. Il a été le premier mouvement en France à retransmettre des meetings par satellite à travers tout le pays ; le premier à distribuer à grande échelle des cassettes audio puis vidéo lors des campagnes électorales ; le premier à être présent sur le minitel avec le 3615 FN ou le 3615 LEPEN qui fonctionnent toujours ; le premier à s’engouffrer dans les progrès de la téléphonie en se dotant d’un serveur Audiotel.

La plus grande fierté de Martial est d’avoir anticipé sur le développement exponentiel d’internet. « Le Front national, là encore, a battu d’une courte tête les Verts, et a été le premier en France à apparaître sur cette toile mondiale dont nous connaissons les défauts et les dangers mais qui nous permet de rayonner à travers le monde et de le faire, pour l’instant encore, librement. »

N’a-t-il jamais éprouvé la tentation de faire autre chose ? De rester au Front, bien sûr, comme militant, comme cadre, comme élu, mais d’aller gagner sa vie ailleurs ? De se lancer dans des projets professionnels plus personnels ? « Le Front national est très possessif, et l’on finit par se croire indispensable » répond–il en riant. S’il en avait le temps et les moyens, il sait cependant ce qu’il aimerait faire. Créer « le Télérama de droite, en moins chi…, euh, ennuyeux ! » Car « l’influence de la télévision et le poids des médias méritent que nous ayons notre support pour véhiculer nos propres idées ». Concevoir des journaux pour les enfants, tenter de bâtir un « contre Bayard », par référence au groupe Bayard Presse, ne serait pas non plus pour lui déplaire.

Marié depuis 1990 à Patricia avec laquelle il a trois enfants : Andréas, Baptiste et Emilia-Marie, Martial n’a rien perdu de ses idéaux, ni de sa motivation : « Je hais les idées molles ! » Et qu’importe si, lors des vacances en famille à La Baule, sa notoriété leur vaut parfois quelques désagréments, comme de retrouver la tente de plage taguée de quelques insultes : « Vingt ans de militantisme, ça vous forge le caractère. »

 

[source: http://www.fnparis.com/bild.html]


 

 

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